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mai 2020

Participation citoyenne & numérique en période « Covid » : quels « gestes-barrières » pour les professionnels de la participation ?

(c) Charles Deluvio

Le confinement nous a tous plongé dans un arrêt soudain et subi de nos activités. Les démarches de participation, pour la plupart en « pause » côté commandes publiques continuent à se développer du côté des commandes privées. Les professionnels de la participation s’interrogent[1] : le numérique est-il la nouvelle solution ? Comment créer le débat et les conditions de convivialité avec une distance d’1 mètre entre chaque personne et le port du masque obligatoire ?

Avec le déconfinement revient les joies de pouvoir discuter de vive voix et d’échanger en face à face. La « menace » du Covid reste pourtant au-dessus de nos têtes et le numérique apparaît comme une des solutions possibles pour poursuivre les démarches avec les habitants.  Cet article propose de s’interroger sur l’offre existante en outils numériques, articulée à des actions en présentiel. Il invite à revenir, au-delà des outils, aux « gestes barrières » de la participation citoyenne, dans une période aussi exceptionnelle.

Quels supports d’animation et de discussion alternatifs à la visioconférence ?

Début Mai 2020, deux mois de confinement : les réunions « Zoom » s’enchaînent et… se ressemblent. Des outils d’animations ont été instaurés pour permettre de structurer le débat numérique : les participants sont mis en mode « muet », on commente à l’écrit, on lève la main, l’animateur donne la parole… les enseignements, webinaires, conférences se poursuivent grâce à ses nouveaux outils de communication.  Pour autant, le discours en monologue et la discussion par écran interposés (souvent sans voir le visage de l’autre) deviennent usants pour l’animateur comme pour les participants. Or, les outils numériques actuellement foisonnent.

L’offre est riche et c’est bien cela le problème : comment ne pas se perdre dans ce territoire sans limite ? C’est dans cette perspective que Nolwenn Dulieu et Ségolène Charles de Atelier du Lieu se sont emparées du logiciel Xmind avec l’accompagnement de Samuel Gautier de FuturOuest  afin de recenser, trier et analyser un certain nombre d’entre eux. Bien évidemment cette « carte mentale » n’est pas exhaustive mais elle a le mérite de proposer des pistes pour les professionnels de la participation.

À travers nos pérégrinations, se sont révélées 6 grandes catégories d’outils numériques plus ou moins directement utilisables à des fins « participatives » :

Certains outils sont payants, d’autres gratuits. Certains interrogent sur le respect de la protection des données quand d’autres « logiciels libres » assurent une protection de celles-ci en mettant à disposition ses codes sources.

Mindmap réalisée par Nolwen Dulieu de l’Atelier du Lieu

Par exemple, nous avons testé l’outils « Mural », la semaine passée.  Comme un grand tableau collaboratif qu’on utiliserait dans la vie réelle, Mural propose en version numérique de débattre à l’aide de post-its virtuels, d’images, d’icônes. Dans le cadre d’une mission mené pour le PLUi de Sèvre et Loire avec le groupement Pluréal, afin de préparer le diagnostic à distance, les techniciens du territoire ont été invités à « épingler » les lieux stratégiques à parcourir. Une réunion en présentielle n’était pour l’instant pas envisageable pour la maîtrise d’ouvrage. La discussion s’est avérée collaborative et particulièrement enrichissante : les participants, tous en capacité de maîtriser l’informatique (et possédant un ordinateur) ont pu entrer en mode « actif ». La discussion a pu avoir lieu sur un support spatial, autour d’un plan : élément non négligeable lorsque l’on parle d’urbanisme. L’outil « Mural » s’est avéré pertinent au regard de la situation et du public impliqué.

Mural collaboratif dans le cadre du PLUi de SèvreLoire

Sli.do réalisé au sein de l’Atelier du Lieu pour discuter des précautions à prendre dans l’entreprise

Dans un autre style, le logiciel « Sli.do » permet de travailler à plusieurs sur une problématique donnée. Chaque participant qui entre sur l’espace collaboratif peut y contribuer et co-former un nuage de mot à partir d’une question posée par l’animateur. Lorsqu’une problématique est soulevée plusieurs fois par différents participants, le mot occupe une place plus importante. Ici, nous avons testé ce logiciel, à distance, avec les collaborateurs de notre agence afin de discuter les mesures préventives à mettre en place au sein de l’entreprise.

Attention, nous n’avons pas l’intention de défendre ici le « tout numérique » mais bien de l’envisager comme une solution complémentaire aux ateliers en présentiel, dans un contexte exceptionnel.

Le numérique comme solution complémentaire au présentiel : aller vers les populations « isolées »

Lorsque l’on observe l’étude de l’INSEE publiée le 28 avril 2020 sur les « conditions de vie des ménages en période de confinement », on comprend facilement qu’il n’est pas possible de se reposer seulement sur une révolution technologique :

  • En effet, 12% des personnes n’ont pas accès à Internet à leur domicile quelle qu’en soit la forme (ordinateur, tablette ou téléphone portable).
  • Les inégalités sont territoriales puisque cette part varie selon les territoires de 14% dans les plus petites agglomérations à 8,2% en agglomération parisienne.
  • Elles sont également sociales puisque 53% des personnes de plus de 75 ans et 34% des personnes sans diplôme ou titulaires d’un certificat d’études primaires n’ont pas d’accès au numérique chez elles.

La Commission National du Débat Public (CNDP) insiste, à juste titre dans son rapport sur une complémentarité entre technologie et rencontre de « vive voix ». Elle propose un certain nombre de solutions, en présentiel, qui incitent à « aller vers » les populations les plus isolées. Quelques soient les outils employés, ce contexte exceptionnel nous invite, aujourd’hui plus que jamais à s’appuyer sur les « gestes barrières » de la participation.

Atelier du Lieu à partir de l’étude INSEE, Avril 2020

Aujourd’hui plus que jamais, revenir aux « gestes barrières » de la participation citoyenne

Nous n’insisterons jamais assez sur l’importance de la « méthode » pour élaborer un dispositif participatif, qu’il soit totalement ou partiellement réalisé en présentiel ou en numérique.

Pour cela, les grands principes clefs de la participation restent essentiels à garder en tête[2] et nous permettent de nous poser les « bonnes » questions. Comme Bruno Latour et son « aide à l’auto-description », ces grandes questions mise en exergue par la recherche du programme Concertation Décision Environnement (CDE), rappellent les professionnels de la participation, aux fondamentaux :

  • Articulation / Intégration Comment les dispositifs participatifs (ou la démarche d’ensemble qui les organise), sont-ils articulés voire intégrés dans le management général du projet, voire associés à d’autres démarches de démocratisation de l’action publique ?
  • Temporalité/continuité : À quels moments les dispositifs envisagés interviennent-ils au cours du projet, dans quelles situations de projet ?
  • Inclusion : Dans quelle mesure toute personne qui le souhaite et se sent concerné par le projet a-t-elle pu s’impliquer dans les démarches et dispositifs ? Comment les habitants ont-ils été sollicités ou ont-ils été sélectionnés ? Les dispositifs étaient-ils ouverts, fermés ?
  • Argumentation Comment les décisions prises sont-elles argumentées et prennent-elles en considération à cette occasion les débats dans lesquels les citoyens se sont exprimés ?
  • Égalité : Les différentes personnes impliquées ont-elles la possibilité de s’exprimer et font-elles l’objet de la même considération ?
  • Publicisation / transparence: Comment sont envisagés l’accessibilité et la diffusion des informations liées au projet : données, éléments de contenu, « règles du jeu » liés aux dispositifs et à leurs objectifs, processus de décision.

Ces grands principes, à une époque d’incertitude et de remise en cause de nos pratiques habituelles, sont une précieuse aide pour construire un cadre participatif pertinent et adapté à ce contexte exceptionnel. Comme des « Gestes barrières » ils nous invitent à poursuivre, avec précaution et en toute sécurité, la mise en œuvre d’une conception participative et citoyenne du projet.

L’urbanisme transitoire : une installation éphémère pour penser la ville durablement

Federal st Polka dots – (c) Bike Auckland

L’urbanisme transitoire, l’urbanisme tactique… autant de notions qui se sont révélées avec la crise du Coronavirus. Les villes françaises dessinent des pistes cyclables (pour l’instant) temporaires, afin de favoriser la pratique du vélo. Dans un tel contexte de distanciation sociale et d’incertitudes, ce moyen de transport et cette démarche exploratoire d’urbanisme apparaissent comme décisifs. Mais qu’est ce que l’urbanisme transitoire? Retour sur un interview de décembre 2019  de Ségolène Charles de l’Atelier du Lieu à Nantes (agence d’architecture et d’urbanisme spécialisée en participation citoyenne) pour le magazine La Semaine, 

Qu’est-ce que l’urbanisme transitoire ?

« L’urbanisme transitoire s’inscrit dans des enjeux d’innovation, d’invention des nouveaux modes de vie et d’habiter, à la transition écologique. A travers des terrains et des bâtiments inoccupés, il s’agit de réactiver la vie locale de façon provisoire, lorsque l’usage du site n’est pas déterminé, que le projet urbain tarde à se réaliser ou que les futurs usages imaginés nécessitent d’être testés. La transition écologique suppose de faire avec l’existant et de s’adapter à un monde en pleine évolution. »

C’est le principe du rien ne se crée, tout se transforme…

« Un de projets emblématique – les Grands Voisins à Paris – illustre l’institutionnalisation de cette pratique. A l’origine, un ancien hôpital (tiens, de quoi éveiller l’intérêt des Nancéiens), celui de Saint-Vincent-de-Paul fermé en 2012. Des milliers de mètres carrées à surveiller : Paris Batignolles aménagement et la Ville de Paris confient les clés du site à l’association Aurore Héberge qui soigne et accompagne des personnes en situation de précarité ou d’exclusion vers une insertion sociale et professionnelle. Progressivement se crée un lieu de cohabitation entre personnes hébergées, riverains, travailleurs installés sur le site, en s’appuyant sur les matériaux récupérés sur des chantiers de démolition du territoire, en partenariat avec des structures de réemploi.

Après deux “saisons” fructueuses de collaboration et d’imagination, il s’agit à présent d’initier les travaux de démolition et de réhabilitation des bâtiments : comment garder l’esprit et la dynamique d’un lieu (ressourcerie trocshop, coopérative de bien être…) et qui ont généré des emplois ? Ces occupations temporaires permettent non seulement d’éviter les phénomènes de squats, d’empêcher la dégradation d’un lieu et d’économiser les frais ce gardiennage, mais surtout de réfléchir à l’avenir d’un lieu : tester des activités et identifier des porteurs de projet. Darwin à Bordeaux, Les Grands Voisins à Paris, l’écoquartier Danube à Strasbourg, autant de projets métropolitains emblématiques. Quels que soient la taille du site, le budget et les moyens humains alloués, l’urbanisme transitoire offre une opportunité de construire la ville avec les ressources existantes. »

La piétonnisation ?

« A Héric, commune de la métropole de Nantes de moins de 6 000 habitants, ces derniers ont été invités à tester le temps d’un été des préfigurations d’un projet imaginé pour le futur du centre-bourg, la piétonnisation d’une rue pour permettre un accès plus serein aux équipements du centre-ville.

L’Atelier du Lieu a accompagné la collectivité dans cette démarche. Par un travail interactif mené avec un panel d’élus et d’habitants, chaque élément du futur plan de centre-bourg a été discuté,  argumenté et présenté aux habitants, lesquels on été invités à tester et à réagir aux expérimentations mises en œuvre pendant deux mois. La piétonnisation a été ajustée selon les usages tout en s’intégrant dans le cadre technique et urbain du plan dessiné. Une installation éphémère, pour penser la ville durablement ».

Exemple de projet urbain abordant la question de l’urbanisme transitoire

Aménagement Centre-ville de Héric

Le balcon et son habitabilité : le « droit » à un extérieur privatif

« Aurèle en scène, chanteuse nantaise pour confinés sur balcons » (c) Lola Rousseau

Dans un contexte sociétal où l’on tend à prôner la densité de l’habitat pour ralentir l’étalement urbain sur les terres agricoles, les questions du logement et du bien-vivre en ville se posent… Encore plus aujourd’hui, en ces temps de crise sanitaire. Des habitants d’immeubles collectifs sont contraints de rester confinés chez eux, dans des appartements trop petits, parfois vétustes et surtout sans espaces extérieurs. Les inégalités deviennent criantes et la question du bien vivre chez-soi apparaît comme une priorité pour nous, architectes, urbanistes et créateurs d’urbanités. Le balcon a traversé les siècles, subi les évolutions de la construction, les transformations du bâti et les modes architecturales. Il anime la rue, le bâtiment et la façade d’une manière sans égale. Cet article aborde la complexité de cet objet autant architectural qu’urbain, privé que public, intime et fragile qu’en vue à tous les regards.

Balcon, terrasse, loggia :  subtilités de définitions

Étymologiquement, le mot « balcon » est d’origine italienne : balcone. Il signifie « échafaud » au sens de l’échafaudage, lui-même dérivé de baco (poutre).Un balcon ne se définit pas par les paramètres de dimension ou de largeur comme certains auraient tendance à le croire mais bien par son système constructif. En construction, un balcon est une dalle en porte à faux, suspendue dans le vide, à la différence d’une terrasse qui est un plancher couvrant un local ou un vide sanitaire. Il est entouré d’un garde-corps et on y accède par l’intérieur dudit immeuble.

Considéré comme une surface annexe au logement, au même titre que la cave ou les combles, 50% de ces surfaces annexes rentrent dans la surface utile, ce qui lui confère un statut d’espace « à moitié habitable, à moitié annexe ».La différence principale entre la loggia et le balcon est caractérisée par son ouverture sur l’extérieur. Espace compris dans l’épaisseur de la façade, la loggia apparait comme une réelle pièce du logement située à l’air libre, à l’inverse du balcon qui reste une projection dans l’espace urbain. C’est cela qui lui confère un caractère si spécial. À la fois intime et publique, accessible depuis l’intérieur mais visible de l’extérieur, le balcon recèle des dualités et des liens avec toutes les échelles architecturales.

Du balcon de représentation au balcon d’usage, du fer au béton : vers une liberté d’expression pour le concepteur

Le balcon architectonique naît sur les façades à la période de la Renaissance. Auparavant éléments de bois rajoutés, il devient élément de support à l’art de la ferronnerie avec la pierre, comme base matérielle.  Au 17 et 18e siècles, les balcons n’étaient autorisés qu’à l’emplacement des espaces publics. Ils permettaient, par exemple, aux douaniers de surveiller les chargements et déchargements de marchandise sur le quai de la Fosse, ou aux aristocrates de profiter des spectacles sur les places publiques sans risquer de générer des incendies de part et d’autre de la rue. Essentiellement élément de composition de la façade support de l’art de la stéréotomie et de la ferronnerie, il occupait au niveau de l’usage surtout un poste de belvédère pour la surveillance ou l’appréciation de la vue.

La production de masse des logements collectifs au 19e siècle à impulsé le logement dense. La pensée moderniste associée à l’invention du béton révolutionne les modes d’habiter, plus hygiénistes et fonctionnels. Au 20e siècle, le mouvement de pensée de l’hygiénisme et celui du fonctionnalisme ont contribué à étirer les proportions du balcon pour le rendre plus utile et habitable. La plupart des immeubles construits en béton armé jusque dans les années 2000 comportent des balcons en porte-à-faux, en prolongement de dalle. Désormais, cette conception dans le neuf est pratiquement abandonnée car elle crée un pont thermique considérable, difficile à résoudre.

Aujourd’hui les règles d’urbanisme dans certaines zones se sont assouplies. Une part plus grande de liberté esthétique est accordée au concepteur. Le balcon change de forme, devient carré, losange, triangle… Désormais, le balcon est rapporté : la dalle est discontinue ce qui permet d’intégrer facilement des ruptures de pont thermique (isolation). Le principe le plus courant reste celui de la console, comparable à celui de 1764, même si elle est plus souvent en béton qu’en bois. Le balcon peut aussi être suspendu (haubanage), semi-indépendant (poteaux en saillie) voire autoportant (quatre poteaux par exemple). L’autre intérêt du balcon rapporté est de permettre de s’affranchir plus facilement des contraintes d’accessibilité aux handicapés qui impose un seuil inférieur ou égal à 2 cm : il suffit d’ajuster la hauteur des appuis par rapport à la baie.

En ce début de 21e siècle, la réalisation de logements est de première urgence. Les exigences de développement durable conduisent à des évolutions typologiques et architecturales certaines qui ont déjà commencé à se répercuter sur le dispositif du balcon.

« Le Balcon », Manet, 1869

Mode d’expression de l’architecte… et de l’habitant !

À cause des effets de normalisation des plans intérieurs des logements collectifs (normes PMR, surfaces imposées par les bailleurs…), la façade est devenue le mode d’expression de l’architecte dans le secteur de la construction des logements collectifs. Or, le balcon associé à la fenêtre compose cette façade. Il est un élément caractéristique du logement collectif. Il devient ainsi instrument à la créativité conceptuelle, mais il est aussi celui de l’expression personnelle des habitants eux-mêmes. Sa situation d’espace privé projeté dans l’espace public lui procure une force de pièce intérieure extériorisée, libre d’appropriation et donc sujette à la représentation de l’identité de l’habitant. En ces temps de confinement, il devient même l’unique lien avec l’espace de la rue, celui depuis lequel on peut discuter (en réel, sans téléphone ni Visio) avec une personne passant dans la rue, chanter ou jouer de loin avec ses voisins ou tout simplement prendre l’air et profiter des premiers rayons de soleil du printemps…

« Blindtest entre voisins, lors du confinement ». Nantes. (C) M. Charles

 » Tyrolienne de fortune, de balcon à balcon.. pendant le confinement ». (c) M.Charles

À chacun son balcon « hybride » : vie de quartier dans l’ensemble de logements « Habiter les quais 1 » 

En 2014, nous sommes allées à la rencontre des résidents et des architectes parisiens ANMA et nous avons observé la « vie des balcons » sur les immeubles « Habiter les quais 1 », à Nantes. Leur atout premier est leur forme. Elle peut paraître banale (un rectangle) mais elle est accrochée de manière innovante techniquement : depuis l’angle. En plus d’offrir trois orientations et une continuité depuis l’intérieur, ce balcon propose « un coin » de plus que s’il avait été lié parallèlement à la façade. « Les coins », ce sont les endroits de l’espace où on entrepose, contre lesquels on s’appuie et que l’on s’approprie facilement.

Leur second atout, c’est la « continuité », le « prolongement depuis l’intérieur » dont les habitants font état dans chaque interview. Le point noir de l’ambiance de cet espace, comme le soulèvent certains de ces habitants, est l’exposition au vent. Certains pensent que la situation serait remédiable par l’ajout d’un second pan de panneaux métalliques. D’autres tentent des solutions de fortune, comme Julia qui pose des couettes sur la rambarde. « Habiter les quais 1 » est un immeuble qui permet d’habiter non seulement les quais, mais surtout son balcon.

« Photos et Collage conceptuel suite aux interviews.Balcons de « Habiter les quais I . (c) Colette Lebourdonnec

Cet espace est le dénominateur commun qui relie tous les appartements de tailles différentes entre eux : le T1 de l’étudiante aura le même balcon que le T5 du gestionnaire propriétaire. Si on retrouve des usages similaires (réception et jardinage), les usages ne se cumulent pas de la même manière. C’est justement cela qui rend le dispositif intéressant, c’est sa capacité à être approprié différemment. Ici, on s’aperçoit quand même que les codes culturels et le fort vis-à-vis obligent d’une certaine manière à prendre soin de l’image de cet espace : on n’étend pas le linge par pudeur, on n’entrepose pas les objets par peur du fouillis. « L’habitat est la scène privilégiée sur laquelle se joue et s’exprime l’identité multiforme de chaque individu, scène qu’il a plus ou moins choisi[1] ». Le balcon est ici poussé sur le devant de la scène, avec une improvisation déjà envisagée. Au final, ce grand espace extérieur, suspendu dans et au-dessus des arbres, situé en plein centre-ville, avec un dispositif permettant d’occulter ou d’ouvrir son balcon sur l’extérieur… « C’est un peu l’appartement du futur », comme le souligne un habitant

Le droit à l’extérieur privatif : forme, fonction et appropriation

On le comprend donc bien : la forme, la fonction, et l’appropriation du balcon forment un triptyque de notions rattachées à la conception de cet espace.Le balcon, ainsi que n’importe quel espace extérieur privatif, est encore vu parfois comme un confort, alors que c’est une réelle nécessité. C’est ce qui rend la vie « dense », supportable. Or, malgré nos demandes, les maîtrises d’ouvrage intègrent encore trop peu la nécessité de l’ajout de balcons sur les opérations de rénovation d’immeubles collectifs. Pour les bailleurs et autres maîtrises d’ouvrages, l’usage justifie rarement l’investissement économique. Parfois, l’argument de la mise en scène urbaine arrive à prévaloir devant celui de l’usage : cela nous permet d’offrir alors des balcons supplémentaires, mais uniquement là où les façades sont les mieux exposées. Le balcon n’est malheureusement pas généralisé à tous les logements.

Du côté des projets de logements collectifs neufs, nous devons encore « batailler » pour proposer des espaces extérieurs qualitatifs, confortables ayant une qualité d’usage. Ces espaces ne sont pas considérés comme rentables et ne sont pas encore la priorité des décideurs. À l’Atelier du Lieu, le « droit à l’espace extérieur privatif » nous apparait comme une lutte architecturale centrale. Et celle-ci prend d’autant plus son sens avec la crise que nous traversons.

Article écrit par :

Colette Le Bourdonnec, Architecte – Atelier du Lieu Nantes à partir de son mémoire de Master en Architecture, 2014.

[1] BONETTI Michel, « Habiter le bricolage imaginaire de l’espace ». Ed EPI. 1994

Exemple de projet où la question du balcon a été travaillée avec la Maîtrise d’ouvrage

Mission de maitrise d’œuvre pour le futur équipement regroupant 2 antennes du CSAPA

Après une mission de faisabilité, nous sommes très heureux d’accompagner en maîtrise d’œuvre « LES APSYADES », association pour le soin, l’écoute et la recherche en psychiatrie et addictologie. Le futur équipement regroupera les 2 antennes du CSAPA : le « Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie, pour aider à la reconquête de soi ».
Un projet avec du sens, dans un bâtiment tout aussi exceptionnel !

Équipe de Maîtrise d’œuvre : ATELIER DU LIEU (mandataire), ECMS : Economie de la construction – OPC, AREST : BET structure, KYPSELI : BET fluides